J’ai croisé des gens très rapides, qui possédaient beaucoup de connaissances et savaient brillamment les reformuler. D’autres, qui en retenaient bien moins et qui allaient moins vite, se sont révélés plus intelligents qu’eux. Cela m’a intrigué, et m’a poussé à réfléchir à cette question.
J’ai lu Grothendieck, l’un des plus grands mathématiciens du XXe siècle, raconter qu’il se sentait lent face à des camarades brillants. C’est pourtant lui qui est allé le plus loin, parce que sa lenteur l’obligeait à tout reconstruire jusqu’à comprendre vraiment. Tout s’est éclairé.
Le rapide accumule des connaissances, comme les IA qui reformulent des savoirs à une vitesse vertigineuse. Celui qui prend le temps, qui veut comprendre, lui, construit une intelligence. Il ne faut surtout pas aller vite. Il faut passer le temps nécéssaire à vivre l’expérience de l’échec complet pour le dépasser.
Depuis, mon regard a basculé. Sur l’enfant silencieux au fond de la classe, souvent en souffrance dans le système scolaire, qu’on croit en retard alors qu’il est peut-être en train de comprendre l’essentiel. Sur une école qui récompense la restitution rapide, là où les machines nous dépassent déjà. Sur une société qui valorise l’instantané plus que la réflexion et le bien-être. Et sur tous ceux que j’ai pu juger lents, sans voir que seuls eux avaient l’opportunité de nous emmener collectivement plus haut.
Je ne regarderai plus jamais la lenteur de la même façon.
