Financer l’ennui

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Voici une idée qui paraît absurde mais qui ne l’est pas : financer des initiatives volontairement non spectaculaires.

Les scènes politiques sont spectaculaire. Un moment tv avec des politiques, un meeting est fait pour être regardé. Il vit de l’attention. Son antidote n’est pas un spectacle encore plus spectaculaire — c’est au contraire l’absence de spectacle. Le travail patient, méthodique, invisible, qui produit des résultats en dix, 20, 30 ans plutôt qu’en dix minutes. Le travail qui produit des effets quand celui qui l’a initié ne sera plus là pour en bénéficier en quelques sortes.

Cela m’invite à continuer mon action de monter des fondations privées qui parient systématiquement sur le temps long. Pourquoi ne pas financer des chercheurs qui étudient ce qui fonctionne dans la coopération politique — pas les échecs spectaculaires, mais les succès discrets. Pourquoi ne pas financer des expérimentations locales sans exiger des résultats mesurables à court terme. Accepter que l’investissement dans la culture démocratique ressemble moins à un projet technologique avec des métriques claires qu’à de l’agriculture : on prépare le sol, on plante, on attend, on ne contrôle pas tout.

Cette initiative est la plus contre-culturelle qui soit dans un monde obsédé par la disruption et le résultat immédiat.