Un modèle où la performance économique et l’intérêt de tous sont la même chose
Il crée de la richesse là où il n’y en avait pas. Il distribue la propriété du capital à ceux qui le produisent. Il donne à chacun une liberté économique réelle — détenir du capital, posséder son logement, avoir une retraite constituée, financer le bien commun… Il crée des ponts entre ceux qui croient à la performance et ceux qui croient au partage, entre les entrepreneurs et les salariés, entre les grandes entreprises et les startups. Et il rend le système plus résilient : quand le risque est partagé et la propriété distribuée, tout le monde a quelque chose à construire — et quelque chose à protéger.
Ce modèle est en cours de déploiement. Les premiers cas réels seront publiés à mesure qu’ils se matérialisent.
Manifeste
Par Xavier Vaucois
I. La révolution inachevée
Depuis trois siècles, chaque grande transformation économique a été portée par la même aspiration : une société plus libre, plus égalitaire, permettant un meilleur partage des richesses.
La Révolution française a redistribué les terres. La révolution industrielle a mis des biens de consommation entre les mains du plus grand nombre. La révolution numérique a rendu l’information accessible à tous.
Pourtant, quelque chose cloche. La richesse créée par ces révolutions ne s’est pas distribuée. Elle s’est concentrée. Deux grandes visions ont tenté de corriger cela. La première a voulu redistribuer par la solidarité collective — elle a produit des avancées réelles mais a souvent bridé l’initiative. La seconde a voulu libérer l’initiative individuelle — elle y a réussi, créant une prospérité sans précédent, mais a laissé les gains se concentrer en traitant la redistribution comme une question morale plutôt que comme une mécanique économique.
Les deux ont posé la mauvaise question. La question n’est pas comment redistribuer ce qui a été créé, mais comment distribuer la propriété du capital au moment même où il se crée.
Dans la Silicon Valley, quelque chose de nouveau a commencé à émerger : les stock-options, les RSU et autres outils qui font des salariés de véritables copropriétaires. Mais la Silicon Valley ne va pas assez vite, assez loin, parce qu’elle souffre elle aussi de la concentration du capital. L’histoire en témoigne sur plusieurs siècles et plusieurs continents — les coopératives européennes, les réseaux d’entreprises asiatiques, les fondations perpétuelles du monde islamique. Toutes ont senti que quelque chose ne fonctionnait pas. Aucune n’est allée au cœur du problème.
En Europe, nous pouvons aller plus loin très rapidement.
Car sous chacune de ces révolutions, une révolution plus profonde était à l’œuvre sans jamais s’accomplir : la distribution de la propriété du capital lui-même. Non pas la redistribution de ce qu’il produit — les revenus, les biens, les services — mais la propriété de l’outil qui le génère. Chaque révolution en a approché le seuil. Aucune ne l’a franchi.
C’est cette révolution-là que le capitalisme distribué propose d’accomplir.
II. Le modèle
Le capitalisme distribué repose sur une idée simple : les gains du capital doivent être distribués au moment où ils se réalisent, par des mécanismes structurels et non par des actes de générosité.
Ce n’est pas de l’impôt. Ce n’est pas de la philanthropie. C’est un modèle économique.
L’organisation est le cœur du système. Elle gère des fonds d’investissement et des fonds de dotation, développe les outils de collaboration et de business en réseau, fournit les services à l’ensemble de son écosystème d’entrepreneurs et d’investisseurs. Elle sélectionne les entreprises, met en relation les acteurs, finance les premières collaborations, oriente une partie des gains vers les propriétaires et une partie vers les fonds de dotation. Sa performance est la condition de tout le reste.
Un réseau de fonds d’investissement et de fonds de dotation prend des participations dans des entreprises, les accompagnent dans leur croissance et réalise des plus-values lors de cessions ou lors des opérations de financement. Ces fonds opèrent en réseau, se renforcent mutuellement et démultiplient leur capacité d’action collective. Les fonds de dotation, opérant sur le temps long, bénéficient de cessions de titres par des actionnaires privés adhérant au modèle. Les fonds d’investissement cèdent 1% de leurs participations aux fonds de dotation — un geste modeste au moment où l’entreprise vaut peu, une contribution réelle quand elle performe.
Les salariés détiennent progressivement une part significative du capital de l’entreprise via les fonds d’investissement qui leur sont accessibles. Pas sous forme de primes ou d’intéressement qui disparaissent à la fin de l’année. Sous forme de capital réel, accumulé dans le temps, qui leur appartient. Le salarié n’est plus un coût. Il est un copropriétaire.
Les fonds de dotation financent ce que ni le marché ni l’État ne couvrent suffisamment :
- L’innovation : des prêts innovation sont octroyés pour financer des collaborations ; des garanties peuvent être apportées aux banques pour prêter à de jeunes entreprises
- Le logement : acquérir progressivement son bien en payant chaque mois une somme fixe
- L’emploi : filet de sécurité pour les entrepreneurs et travailleurs en transition
- L’éducation : accès aux études, financement d’écoles, connexion avec les entreprises innovantes
- L’agriculture : grappes d’agriculteurs travaillant ensemble, capturant plus de valeur ajoutée
- La santé : pathologies sous-dotées, accompagnement au long cours
- L’environnement : protection active de la faune, de la flore, des écosystèmes
- Les retraites : capitalisation collective, indépendante des aléas démographiques
- La dette : désendettement des pays, territoires et entreprises en difficulté par l’injection de capital productif
- …
Chaque fonds de dotation investit à son tour dans des entreprises qui versent des dividendes et dans les fonds d’investissement du réseau. Il génère ainsi ses propres revenus structurels.
Quatre sources se renforcent mutuellement : les cessions des fonds d’investissement, les gains des collaborations en réseau, les dividendes des fonds de dotation eux-mêmes, et leurs placements dans les fonds d’investissement. Plus le réseau performe, plus les fonds de dotation se capitalisent. Le système se renforce à mesure qu’il se déploie.
Ce n’est pas un programme. C’est une mécanique. Elle crée une solidarité d’intérêts profonde : le succès des entreprises finance directement les propriétaires — les salariés actionnaires — et le bien commun. Et le bien commun — des gens mieux logés, mieux formés, en meilleure santé — renforce la capacité productive de l’économie entière.
III. L’entrepreneur au centre
Le capitalisme distribué ne commence pas avec les investisseurs. Il commence avec les entrepreneurs.
Ce sont eux qui prennent le risque en premier. Qui sacrifient un salaire, une sécurité, parfois des années, pour construire quelque chose qui n’existe pas encore. Et pourtant, dans le modèle actuel, ils sont les plus exposés : si ça échoue, ils perdent tout. Si ça réussit, une grande partie de la valeur part aux investisseurs et aux intermédiaires.
Le capitalisme distribué renverse cette logique. L’entrepreneur n’est plus seul face au risque.
Plusieurs types de fonds d’investissement et fonds de dotation sont à l’œuvre.
Les fonds d’investissement entrepreneurs permettent de partager le risque et le gain. Un réseau d’entrepreneurs qui s’apportent mutuellement des clients, des compétences, des financements — et qui, quoi qu’il arrive, font de l’expérience d’entrepreneur un succès financièrement gagnant. Pas seulement pour les rares qui lèvent des millions. Pour tous ceux qui osent.
Les fonds d’investissement partenaires reconnaissent que la valeur ne se crée pas seul. Les partenaires — prestataires, mentors, premiers clients, contributeurs — participent au succès des entreprises et en reçoivent une part lors des cessions.
Les entrepreneurs viennent de différents horizons. Certains viennent par eux-mêmes. D’autres se révèlent dans les Maisons des entrepreneurs et des projets — des lieux physiques dans les villes, les quartiers, les villages, où n’importe qui peut venir construire son projet, trouver des compétences, rencontrer des investisseurs, tester ses idées. Des espaces ouverts, vivants, ancrés dans les territoires, où l’entrepreneuriat devient accessible à tous.
Les fonds d’investissement et de dotation interviennent là où le financement classique abandonne — aux deux extrémités du spectre. D’un côté, les jeunes entreprises en amorçage que personne ne finance parce qu’elles sont trop jeunes, trop petites, trop risquées. Les banques refusent. Les fonds classiques attendent que vous ayez prouvé ce que vous ne pouvez pas prouver sans financement. C’est le paradoxe fondateur de l’amorçage. Le réseau investit là où les autres n’osent pas — parce qu’il apporte avec le capital quelque chose que personne d’autre n’a : des clients potentiels parmi les grandes entreprises du réseau, des compétences parmi les entrepreneurs partenaires, des premières collaborations financées pour réduire le risque réel. Votre premier million n’est pas un horizon inaccessible. C’est une étape dans un écosystème qui veut que ça réussisse — parce que votre réussite fait partie de la mécanique qui finance le reste. De l’autre côté, les entreprises en difficulté rachetées et transformées : les salariés deviennent progressivement copropriétaires, l’entreprise intègre le réseau, ses partenaires accèdent à de nouveaux marchés.
Les citoyens ordinaires peuvent également participer en plaçant leur épargne dans les fonds d’investissement et de dotation du réseau. Pas comme donateurs — comme investisseurs à part entière. Leur épargne finance des entreprises qui créent de la valeur, génère un rendement, et alimente simultanément les fonds de dotation.
Un entrepreneur seul reste fragile. Un réseau d’entrepreneurs qui se renforcent mutuellement, connecté aux grandes entreprises, aux ETI et aux PME, devient une force de transformation de l’économie entière. Le principe fondamental est la circulation de l’argent : des entrepreneurs clients de leurs pairs, des grandes organisations qui achètent à de jeunes entreprises, des réseaux de confiance construits sur des collaborations concrètes. La valeur est dans le réseau.
IV. Les outils de collaboration
Le capitalisme distribué ne peut pas rester un écosystème fermé entre startups et investisseurs. Pour que la valeur circule vraiment, il faut connecter les mondes qui s’ignorent : les grandes entreprises et ETI qui ont les marchés et la puissance commerciale — et les PME, startups, entrepreneurs qui ont l’innovation et l’agilité.
Ces mondes ont besoin l’un de l’autre. Ils ne collaborent pas, ou mal, parce qu’il manque la confiance, les financements et l’effet réseau.
Portés par l’organisation au service des investisseurs et entrepreneurs, les outils de collaboration financent, via les fonds d’investissement et de dotation, les premières collaborations entre entreprises — celles qui ne se feraient pas autrement, parce que le risque initial est trop élevé pour chaque partie prise séparément. Ils sécurisent les parties prenantes, financent la preuve — la première livraison, le premier projet pilote — et créent des liens durables. Une fois la première collaboration réussie, la confiance est là. Les suivantes se font sans financement externe. Le réseau s’autoalimente.
Les gains générés par ces collaborations alimentent directement la croissance des entreprises, les fonds d’investissement et les fonds de dotation. Les grandes entreprises trouvent l’innovation dont elles ont besoin, les startups et PME accèdent aux marchés qui leur manquent, et une partie de la valeur créée ensemble finance ce que ni le marché ni l’État ne couvrent suffisamment. C’est la boucle complète.
V. Ce que le modèle accomplit — et ce qu’il n’est pas
Trois conditions sont réunies aujourd’hui qui ne l’étaient pas avant.
Les outils financiers existent. Les fonds d’investissement et de dotation en réseau, les véhicules de partage de capital, les mécanismes de financement alternatif permettent de construire ces structures de façon légale, efficace et reproductible à grande échelle.
Les outils technologiques sont là. Les outils de collaboration, d’amélioration de la performance, de mise en réseau des acteurs économiques existent et sont matures. La technologie n’est plus un obstacle — elle est un accélérateur du modèle.
L’aspiration est là. Une génération entière d’entrepreneurs, d’investisseurs et de citoyens cherche à construire quelque chose qui a du sens. Pas en sacrifiant la performance. En faisant de la performance et du sens la même chose.
Le capitalisme distribué n’est pas :
- Un programme politique. Il ne demande pas de loi, de mandat, d’élection. Il se construit maintenant, avec les outils existants.
- De la philanthropie. Il ne repose pas sur la générosité des uns envers les autres. Il repose sur une mécanique économique dont chacun a intérêt à faire partie.
- Un modèle qui bride l’initiative. Il ne plafonne pas les gains, ne nationalise rien, ne réglemente pas. Il crée des copropriétaires là où il n’y avait que des bénéficiaires passifs.
- Une utopie. Les premières briques existent. Le modèle est en cours de construction.
- Un modèle figé. Il n’y a pas de doctrine achevée, pas de vérité révélée. Il y a une direction, une mécanique, et des gens qui construisent.
La gouvernance appartient à ceux qui participent — et à ceux qui cherchent la vérité, pas à avoir raison. Un gouvernant des fonds d’investissement et de dotation n’est pas là pour défendre une cause ou une conviction préexistante. Il est là pour regarder les faits, écouter les bénéficiaires, mesurer les résultats, et ajuster — même quand cela contredit ce qu’il pensait au départ. Personne n’a raison d’avance. Ni ceux qui valorisent avant tout la performance économique. Ni ceux qui valorisent avant tout la solidarité. Chacun apporte une partie de la vérité. La gouvernance est l’espace où ces parties convergent — non pas vers une idéologie, mais vers ce qui fonctionne.
Tout est à construire — et c’est une chance, pas une faiblesse.
VI. Les objections
« Ce n’est pas de la mécanique, c’est de la générosité déguisée. » Non. Chaque acteur a un intérêt financier direct à participer. Les fonds d’investissement et de dotation ne dépendent pas de la générosité des uns — ils dépendent de la performance des entreprises du réseau. Un système économique durable ne repose pas sur la générosité. Il repose sur l’intérêt bien compris de chaque acteur.
« Ça va décourager l’investissement. » Non. Le réseau crée des débouchés commerciaux inaccessibles aux fonds isolés. L’accès à des entreprises en amorçage et en difficulté à des valorisations décotées génère des rendements supérieurs. Les entreprises trouvent des clients dans le réseau. Le modèle ne réduit pas le gâteau. Il en fait un plus grand — sur des richesses nouvelles qui n’auraient pas existé sans lui. Personne ne perd ce qu’il avait.
« Le marché s’autorégule mieux. » Le marché s’autorégule — mais il laisse des déserts. Des territoires entiers, des secteurs entiers, des populations entières qu’il ne juge pas suffisamment rentables. Les fonds d’investissement et de dotation du réseau ne concurrencent pas le marché — ils vont là où il ne va pas.
« Qui contrôle les fonds d’investissement et de dotation ? » Des fonds juridiquement protégés, dont la gouvernance est ouverte aux bénéficiaires, auditée, et orientée vers ceux qui cherchent la vérité plutôt qu’à avoir raison.
« Que faites-vous des emplois qui disparaissent ? » Le capitalisme distribué intervient aux deux extrémités : il finance les jeunes entreprises en amorçage que les circuits classiques ignorent, et rachète les entreprises en difficulté pour les transformer de l’intérieur — salariés copropriétaires, intégration au réseau, accès à de nouveaux marchés.
« La copropriété dilue le pouvoir de négociation des salariés. » Un salarié copropriétaire n’abandonne pas ses droits collectifs — il les complète. Il négocie comme salarié et comme actionnaire. Il a deux leviers là où il n’en avait qu’un.
« C’est trop beau pour être vrai. » Le capitalisme distribué ne réconcilie pas par idéalisme — il réconcilie par mécanique. Quand les intérêts de l’entrepreneur, du salarié, de l’investisseur, du citoyen épargnant et du bénéficiaire des fonds de dotation sont structurellement alignés, le conflit n’a plus de raison d’être. Ce n’est pas de l’optimisme. C’est de la conception.
Le capitalisme distribué invite à être testé — maintenant, concrètement, sans attendre. Ceux qui croient au partage peuvent bénéficier dès à présent des gains générés par le réseau. Ceux qui croient à la performance peuvent accéder à de nouveaux investissements et de nouveaux relais de croissance. Le modèle ne demande pas de changer de conviction. Il demande de tester une mécanique. Si elle fonctionne, les convictions évolueront d’elles-mêmes.
VII. À qui s’adresse ce manifeste — et l’invitation
L’invitation est ouverte à tous — à commencer par ceux qui construisent.
Si vous êtes entrepreneur : rejoignez un réseau où le risque et le gain se partagent, où l’échec ne détruit pas tout, où votre succès irrigue à la fois votre vie et celle des autres. L’entrepreneuriat peut être un acte collectif. Et si vous cherchez un financement en amorçage que personne ne vous accorde — venez. Le réseau investit là où les autres n’osent pas, apporte avec le capital des clients potentiels, des premières collaborations financées, et des solutions de financement avec ses partenaires. Vous deviendrez les clients des prochains entrepreneurs.
Si vous êtes investisseur : votre capital peut performer et distribuer simultanément. Ce n’est pas un compromis — c’est un modèle supérieur. Le réseau de collaborations crée des débouchés commerciaux que les fonds classiques n’ont pas. La sélection d’entreprises en amorçage ou en difficulté à des valorisations décotées crée des rendements que le marché efficient ne génère plus. Et une partie de ces rendements finance ce que vous auriez financé de toute façon par l’impôt ou la philanthropie — mais avec un retour cette fois.
Si vous êtes dirigeant d’un grand groupe ou d’une ETI : l’innovation que vous cherchez existe, portée par des entrepreneurs qui ont besoin de vos marchés autant que vous avez besoin de leurs idées. Les outils de collaboration et le business en réseau sont le pont. La première collaboration est financée. Le risque est partagé. Et une partie de la valeur créée ensemble finance des causes que vos équipes, vos clients et vos actionnaires défendent. Il n’y a plus d’excuse pour ne pas commencer.
Le capitalisme distribué s’adresse aussi à ceux qui en ont le plus besoin maintenant.
Aux parents d’enfants handicapés. Vous portez une charge que la société reconnaît trop peu et finance insuffisamment. Le fonds de dotation santé finance ce que ni l’État ni le marché ne couvrent — l’autisme, les maladies rares, les pathologies chroniques, l’accompagnement au long cours. Pas comme une aumône. Comme un actif alimenté par la performance économique du réseau.
Aux parents isolés. Le fonds de dotation logement vous permet d’acquérir progressivement votre bien en payant chaque mois une somme fixe — sans passer par les circuits bancaires classiques qui vous ferment la porte. Le fonds de dotation emploi vous protège dans les transitions.
Si vous êtes salarié : la copropriété progressive de votre entreprise est possible. Plus vous contribuez, plus vous détenez. Quand l’entreprise performe, vous performez avec elle. Ce n’est pas une promesse. C’est un droit d’actionnaire.
Si vous êtes citoyen : placez votre épargne dans les fonds d’investissement et de dotation du réseau. Votre argent finance des entreprises, vous rapporte un rendement, et alimente les fonds de dotation. Le capitalisme distribué se mesure en capital détenu, en rendement gagné, en logements acquis, en études financées, en agriculteurs vivant mieux, en retraites constituées, en organisations libérées de leur dette.
Si vous êtes élu ou décideur : vous n’avez pas à créer ce modèle. Laissez-le exister. Les Maisons des entrepreneurs et des projets dans vos territoires, les fonds de dotation qui désendettent vos communes, les entreprises en difficulté transformées plutôt que fermées — tout cela est possible maintenant, sans attendre une loi.
Si vous êtes chercheur, économiste, penseur : testez le modèle. Cherchez ses failles. Proposez des améliorations. Le capitalisme distribué n’est pas une doctrine fermée. C’est une hypothèse en cours de vérification.
VIII. Construisons
La propriété du capital n’a jamais été distribuée à ceux qui le produisent. Pas par malveillance. Par absence de mécanique.
La mécanique existe maintenant.
Elle ne demande pas de révolution. Elle ne demande pas d’élection. Elle ne demande pas de changer de conviction. Elle demande de construire — une entreprise financée, un salarié copropriétaire, un logement acquis, une entreprise ou un territoire désendetté, un agriculteur qui vit bien de son travail.
Chaque preuve concrète est plus puissante que mille pages de théorie. C’est pourquoi la priorité n’est pas de convaincre — c’est de construire les premières preuves.
La liberté qui crée sans distribuer n’est pas une liberté accomplie. Elle est une promesse à moitié tenue.
Le capitalisme distribué est la seconde moitié.
Xavier Vaucois est entrepreneur et investisseur. Il développe le capitalisme distribué pour servir son projet de vie : développer le business et la société ensemble.
Annexes
Annexe I — La gouvernance des fonds
Les fonds d’investissement et fonds de dotation du capitalisme distribué reposent sur un principe de gouvernance qui peut sembler simple mais qui est en réalité le plus exigeant qui soit : seuls siègent ceux qui cherchent la vérité — pas ceux qui cherchent à avoir raison.
Ce n’est pas une posture idéologique. C’est un critère de sélection. Un gouvernant de fonds n’est pas là pour défendre une cause, un camp, une conviction préexistante. Il est là pour regarder les faits, écouter les bénéficiaires, mesurer les résultats, et ajuster — même quand cela contredit ce qu’il pensait au départ. Celui qui entre dans ce conseil avec des certitudes en sort avec des questions. Celui qui entre avec des questions en sort avec des réponses provisoires, à remettre en cause à la prochaine session.
Cette gouvernance exclut par construction :
- Les idéologues de tout bord, qui savent avant d’observer
- Les représentants d’intérêts, qui défendent avant d’écouter
- Les experts de façade, qui valident avant d’analyser
Elle inclut :
- Des bénéficiaires qui vivent le modèle et peuvent dire ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas
- Des entrepreneurs et investisseurs du réseau qui ont la discipline de la preuve par les faits
- Des experts indépendants choisis pour leur capacité à douter autant qu’à savoir
Le conseil évolue. Ses membres changent. Ses règles s’adaptent. Ce qui ne change pas, c’est l’exigence : on entre ici pour apprendre, pas pour convaincre. On entre pour construire ensemble ce qui n’existe pas encore — avec l’humilité de ceux qui savent qu’ils ne savent pas tout, et le courage de ceux qui agissent quand même.
Annexe II — Une histoire à l’origine d’un modèle
Les manifestes économiques ne disent jamais d’où vient l’idée. Pas dans les livres. Dans la vie.
Je grandis dans une famille modeste dans l’Aube, région Grand Est en France. Mon père, gendarme rendu invalide, reprend des études à presque 40 ans, se reconvertit, s’investit sans compter dans les associations. Profondément attaché à la justice, l’intégrité et l’honnêteté, il me transmet une boussole simple qui traverse tout ce que je construis. Autour de moi, les mêmes valeurs : mon frère ingénieur, brillant, au service de l’intérêt général, dirigeant chez EDF, une sœur dévouée qui transforme l’épreuve de sa fille autiste en fondant un centre pour jeunes autistes, un beau-frère issu du milieu ouvrier qui devient ingénieur et dirige de grands projets industriels.
Diagnostiqué autiste à 50 ans — ce qui éclaire rétrospectivement une façon différente de voir les choses — je comprends pourquoi je pense différemment et peux irriter par moment.
À l’école d’ingénieur, je crée ma première entreprise. Suite à un différend sur la propriété du projet, je pars au Royaume-Uni. À Hull via Erasmus, j’obtiens un Master of Science by Research avec mention.
Après ma première expérience professionnelle à l’Office Européen des Brevets aux Pays-Bas, je crée une startup en France, échoue, pars en Silicon Valley. Je ne trouve pas non plus les fonds là-bas mais trouve des contrats en tant que consultant en stratégie. J’apprends l’essentiel : pour construire ce que je veux, je dois trouver l’argent seul et avoir le pouvoir de l’utiliser comme je veux. Rétrospectivement, c’est une bonne chose que je n’ai pas réussi à lever de l’argent. Je crée General Internet en 2012, aide des grandes entreprises et des startups en construisant pour elles des relais de croissance. Je créé aussi mes premiers fonds de dotation. J’utilise l’argent gagné avec l’activité de conseil pour commencer à financer des marchands d’Amazon puis monte un partenariat avec BNP Paribas Factor pour financer les commandes des entreprises. Puis tout s’arrête — le décès de la CEO, le COVID, une chute de 99% des revenus. Quatre ans de reconstruction silencieuse, à bâtir mon propre fonds d’investissement. Puis 2025, année miraculeuse — nouvelles rencontres, nouvelles idées, tout s’assemble naturellement. Je décide de modéliser ce que je fais depuis longtemps et le nomme : le capitalisme distribué.
Ce manifeste est le fruit de mon chemin. Il n’est pas parfait. Il est réel. Et cette histoire aurait pu être celle de n’importe qui. L’histoire qui compte, c’est la vôtre.
